> Accueil
TÉMOIGNAGES

Le lundi 30 août 2010

Commentaires d'une oeuvre du Père Kim En Joong, par son acquéreur.

Comme le rappelait Kim En Joong lui-même : « Contrairement aux Japonais qui ont une palette trèsprintanière, les Coréens ont un faible pour les couleurs d’automne, saison de plénitude et de maturité. Ce chromatisme se retrouve dans ma peinture » (Revue de la céramique et du verre RCV n°170, janvier-février 2010 p.37).

Ainsi dans ce tableau, les couleurs éclatent de toute évidence grâce à un chromatisme de plénitude et de forte maturité. Mais les masses colorées semblent plus ramassées et plus concentrées que d’habitude. De même contrairement aux autres toiles du peintre, la blancheur (le blanc) ne domine pas l’espace alors que Kim En Joong se débat d’ordinaire avec cette couleur immaculée…

De plus l’impression de « liquidité » ou de « fluidité » de sa peinture qui est une constante dans ses toiles (notamment les grands formats) apparaît moins frappante dans ce tableau. En réalité le blanc est également présent dans cette œuvre mais en revêtant l’aspect d’une forme zigzagante au milieu de la composition elle-même. Loin d’être un vide, cette « traînée blanche » devient le passage obligé pour toute forme de vie : le lieu privilégié permettant aux autres mondes colorés de vivre dans la quiétude et le mystère.

La masse violacée à droite semble s’épanouir grâce à un chromatisme de plus en plus violent et profond alors que les verts et les bleus, dans les autres parties du tableau, préfèrent évoluer tout en douceur par des dégradés souvent légers et subtils. On observe aussi de manière surprenante, ici et là, la violence de l’incarnat qui prend la forme de taches ou de giclées (les rouges et les bleus) projetées sur la toile comme s’il s’agissait de casser de manière illusoire cette belle harmonie ? Or ce monde que nous donne à voir Kim En Joong et malgré ces quelques perturbations, est un lieu organisé, non pollué comme aime le peintre. En cela il est proche de Cézanne en quête lui aussi de cet ordre comparable à celui de la nature qui ne se livre jamais par une perception enfermée dans un souci d’utilité.

Il faut donc rendre visible ce qui est a priori invisible après avoir pénétré l’essence des choses. Et c’est pourquoi seule une peinture des profondeurs comme celle de Kim En Joong notamment permettra un tel dévoilement. Cette recherche qui prend la forme d’une quête mystique chez le Père Kim En Joong offre une similitude dans sa démarche avec celle de Husserl lorsqu’il s’agit d’en revenir aux choses mêmes en dehors de tout discours scientifique.

C’est pourquoi dès qu’il commence une nouvelle toile, ce peintre de la lumière doit livrer un nouveau combat et oublier comme le disait le même Cézanne « tout ce qui a paru avant nous » pour rendre aux choses leur réalité propre, leur vraie physionomie, afin de restituer cette profondeur de l’être. Dans ce tableau tout particulièrement on assiste à une lutte sans merci que se livrent les couleurs.

Tout participe à rendre le spectacle féerique et paroxystique à la fois en utilisant les couleurs avec beaucoup d’exubérance et de profondeur secrète. Mais tel un musicien, Kim En Joong réussira l’harmonie finale en mettant en accord les couleurs elles-mêmes malgré (ou grâce) à une vivacité des tons et une dispute des contrastes.

Pour terminer, je citerai la phrase écrite par Jean Thuillier dans son ouvrage « Kim En Joong, peintre de lumière » (Ed. du Cerf) : «Dans une œuvre qu’il veut absolument réussir, Kim engage son talent et toute la force de sa foi pour offrir avec ses rêves de couleurs un peu de bonheur au monde. ».

Christian Schmitt – 24 janvier 2010

Le mercredi 1 décembre 2010

Poème d’un lecteur de « La Vie »

Morceaux de verre
Morceaux de verre orange, peut-être jaune
Morceaux de verre bleu ou bien rouge.
Bleu clair, bleu gris, bleu foncé presque nuit.
Rouge vif comme le fruit mûr, rouge sombre, robe des vins chargés de tanin ; sombre jusqu’à ce rouge brun, celui Rouge superbe de la rose symbole des serments amoureux, rouge qui de nuance en nuance me conduit au rose de tes lèvres.
Rose discret de la fleur d’églantine.

Ce matin, je devine le soleil se lever, j’aimerais gravir le coteau pour y admirer l’évènement.
Il est plein Est. Plus au Nord, tous les gris glissent vers des bleus pâles puis plus précis.
Partant du Sud, ce sont les violets qui se teintent de rose. Se modifiant ils courent vers les rouges, les orangés. Ceux-ci s’approchent de l’Astre pour finalement s’y confondre.
Le soleil joue avec l’humidité de cet air matinal. Il s’amuse de ces éclairages. Il met en valeur les verts de campagne. Ces verts changeants marquent le rythme des saisons, sans comprendre l’alchimie qui les transforme. Je les imagine virer vers les jaunes et même devenir or, signe du temps de la moisson.

Assis sur mon banc, j’admire, devant moi ces vitraux. Des barrettes de plomb assemblent les découpes de vitres. Ici, l’artiste a eu l’intuition géniale d’insérer parmi les couleurs, quelques morceaux de vitrage noir.

A son habileté, à sa créativité il faut que vienne s’associer l’abondance de la lumière pour que l’ensemble prenne vie. Alors, chaque élément laisse transparaitre le rayon qui le traverse, offrant au regard la note colorée qui lui est essentielle. Immergées dans ce foisonnement lumineux, les parcelles de noir participent à l’œuvre.

Nos vies nous semblent parfois morcelées, puzzles insensés,
Eléments clairs, trop fugitifs à nos goûts
Eléments sombres sans intérêt, sombres jusqu’au noir de la nuit.
Certains soirs on voudrait tout oublier
Certains matins, on voudrait tout balancer
Et si nous ne rejetions aucun de ces bouts de vie
N’en rejeter aucun ?...

Tous les confier à l’Artiste créateur.
Composant avec nos lourdeurs aussi pesantes que les barrettes de plomb.

Saura-t-il harmoniser, transfigurer l’ensemble de ces parcelles de vie ?

Saurons-nous être sensibles à cet inattendu où le noir, baigné de clarté, trouve un sens.

Regarder, contempler,

Saurons-nous ?

Le lundi 20 septembre 2010

Poème de Christianne Keller

La nuit
au sixième étage du souffle
respire.

De la rizière
à l’île de lumières
l’horizon déplie les sept tons
sur la houle de l’arche

déploie les sept dons
sur la harpe à dix cordes.

Entre noir et blanc
lignes et couleurs :
calligraphies de saveurs
partitions de regard.

Ô ténèbres, où donc est ta victoire ?

« Le pinceau de l’Ange »
avait tendu au ciel
sa toile sans frontière.

20 septembre 2010

Christiane Keller est co-auteure avec Joël Damase de :
« Brioude, la basilique Saint-Julien dans la lumière de Kim En Joong »
Editions du Cerf, juin 2009

Le vendredi 8 mai 2009

Kim En Joong vu par le frère Laurent Lemoine, o.p.

L’artiste n’innove pas. Il répète inlassablement la même toile. C’est seulement ainsi qu’il crée du neuf. C’est ainsi que chaque toile est différente.

La même toile ? Bien sûr, car c’est toujours la première toile, la toute première recherche qui revi-ent sans cesse sous le pinceau ; le même geste, libérant, à chaque fois, une œuvre différente.
La même création comme condition de la Création Nouvelle…

Quelle surprise !

Ce paradoxe, du neuf et de l’ancien, le Père Kim le vit personnellement. D’aucuns vivent la création artistique comme une originalité que l’on s’impose à tous les instants, pour toutes les œuvres. Pas le Père Kim : il existe chez lui une unique visée qui mobilise à chaque tentative de création les mêmes énergies ou plutôt… la même faiblesse, à travers laquelle la force de Dieu peut se déployer.

Il est des répétitions mortifères car leurs fruits, leurs moissons sont pauvres. Il est, au contraire, des répétitions fécondes car, vingt fois, cent fois sur le métier, l’artiste s’inspirant du même modèle, l’ouvrage s’avère inédit. La nouveauté ne surgit pas nécessairement de la spontanéité. Elle provient d’un travail persévérant sur le même qui finit pas déboucher sur (de) l’Autre.

S. Ephrem : « Le Seigneur a coloré sa Parole de multiples beautés (…). La Parole de Dieu est un arbre de vie qui, de tous côtés, te présente des fruits bénis (…). Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de ne pouvoir épuiser la source ».

Le tracé est le même, pas les couleurs, ni leur disposition. L’intuition qui guide la main du peintre est si archaïque qu’elle semble renvoyer au même tourment qui n’en finit pas de trouver une issue. Mais, à y regarder de plus près, ce tourment identique d’une œuvre à l’autre introduit en décalant juste de quelques centimètres, juste par l’harmonie légèrement modifiée des tons, une différence. Où situer cette différence ? Dans le trouble en mouvement de la toile suscité en celui qui se rend attentif à l’œuvre contemplée. Il ne s’agit pas de communiquer un message clair et cris¬tallin, mais, par le travail des couleurs, du trait et du point, de transmettre une expérience à ce point singulière que chacun peut y puiser une trouvaille pour poursuivre son chemin. Paradoxe, encore ! Prenons garde à ce que nous croyons répétitif : il y a parfois d’étonnantes nouveautés dans les répétitions de la vie de chaque jour ! C’est une question de nouveauté du regard…

L’art s’apparenterait-il à une liturgie ? Le travail du Père Kim nous le donne à croire : lex orandi, lex credendi. Ce que nous prions définit ce que nous croyons.