La première présentation des œuvres peintes du Père Kim En Joong à Issoire date de 2007 dans le cadre des activités du centre d’art Nicolas Pomel. Au même moment les travaux sur la basilique Saint Julien de Brioude sont en cours. On peut évoquer pour le Père Kim En Joong une rencontre avec l’Auvergne, qui trouve son origine à Brioude mais aussi au couvent dominicain d’Ambert où il apprécie de séjourner et de travailler et dont la petite église a aussi reçu  des vitraux.

Après cette première exposition, il avait proposé à la commune d’Issoire l’ouverture d’un troisième lieu Auvergnat, non sacré, pour ses travaux autres que les vitraux. La municipalité actuelle a repris cette proposition pour installer une importante donation du Père Kim en peintures, dessins, lithographies et céramiques. Ces œuvres trouvent place ici dans les locaux de l’ancien tribunal, libérés en 2009, et qui avaient été auparavant ceux d’un couvent de bénédictines. Le choix de cette situation induit un parcours de visite traversant le centre-ville entre le site de l’Abbatiale et ce grand bâtiment devenu espace culturel Jean Prouvé, ingénieur ayant marqué l’histoire de l’architecture et dont deux pavillons font partie du patrimoine architectural industriel de la ville.

La présentation de la donation a été imaginée, en débat avec l’artiste et sur les conseils de Jean Louis Prat, comme un lieu dynamique, évolutif, parlant à l’âme de l’Auvergne selon l’expression du Père Kim En Joong, ouvert à d’autres œuvres d’artistes présentant des proximités avec ses recherches. Dans cette première configuration de la donation, il a été choisi d’associer trois autres démarches artistiques, deux picturales et une musicale pour ouvrir à d’autres associations dans le futur avec toutes formes de productions artistiques.

Il nous est apparu pertinent de fonder ce nouveau lieu d’art avec la présence aux cotés des grandes toiles de la série des mystères d’un grand initiateur de l’abstraction lyrique : Hans Hartung. La Galerie Sapone de Nice a permis la venue d’une des dernières œuvres de l’artiste résistant, suivant son expression, à la mort à travers sa production artistique.

L’association avec les travaux d’Henri Michaux réédite un rapprochement organisé par la Galerie Chave à Vence en 2009 : « noir et blanc ». Nous proposons en quelques œuvres, dont deux grandes gouaches d’Henri Michaux de revisiter cette proximité entre le geste calligraphique du peintre de la lumière.

En ce samedi 8 février 2014, à 10 h 30 à l’abbatiale Saint-Austremoine un concert introductif fut donné comprenant le premier mouvement de l’Ascension, deux pièces de Jehan Alain et une dernière nommée Luminance qui est une composition de Monsieur Thierry Le Gern, organiste de l’église, trois pièces choisies pour leur cohérence avec l’exposition. Les spectateurs pourront ensuite rejoindre le lieu d’exposition en traversant le cœur de ville en compagnie du Père Kim En Joong suivant l’itinéraire qui sera proposé aux futurs visiteurs d’Issoire.

Nombreux étaient ceux qui s’étaient réunis pour la première Manifestation à l’espace Jean-Prouvé et afin d’admirer l’installation de la Donation du Père Kim En Joong à la ville d’Issoire.

L’espace s’organise sur quatre volumes :
– une série de vingt peintures sur toile (2m x 2m) qui, ensemble, forment une grande composition de vingt mètres de long et quatre mètres de hauteur.
– des céramiques, dont une croix, composée de 100 carrés de céramique de 15 sur 15 cm, exposée en 2012 lors du vernissage, « Hommage au Père A. Patfoort »     à la Galerie Yoshii, à Paris.
– une salle présentant des peintures en noirs et blancs et,
– un triptyque composé de 104 huiles de 24 sur 16 cm, et de 4 huiles sur les volets extérieurs.

Lors de cette inauguration  Monsieur Magne, Maire d’Issoire s’exprima en ces mots pour remercier le Père Kim En Joong, et toutes les personnes qui avaient participées à ce projet :

« Cher Père Kim en Joong,
Chère Madame Prouvé,
Monsieur Le député,
Monsieur le conseiller général,
Mesdames et Messieurs les maires,
Les adjointes et adjoints,
Mesdames et Monsieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents d’association,

La commune d’Issoire est heureuse d’inaugurer en votre présence ce nouvel espace que le conseil municipal a souhaité nommer Espace Jean Prouvé et qui accueille la magnifique donation que le Père Kim en Joong a souhaité déposer dans notre ville.

Le monument dans lequel nous nous trouvons et que ce jour projette dans une nouvelle fonction a une longue histoire intimement liée à celle de notre ville : tour à tour couvent de femmes, hôpital, lieu de détention et de douleurs, ‐le cachot est toujours visible, ‐ tribunal d’instance, il se trouve sans destination fin 2009.

C’est alors que la commune choisit de l’acquérir auprès du conseil général et de l’Etat. Mais son intégration dans notre patrimoine avait été préparée et comme anticipée par mon prédécesseur, Pierre Pascallon qui avait très heureusement fait réhabiliter ses façades. Il était donc logique et dans la fonction d’une commune comme la nôtre de maîtriser un élément patrimonial de cette importance, ce que le conseil municipal accepta rapidement.

Aujourd’hui il entre dans la vie de notre patrimoine urbain historique qui brille à travers l’art roman et les bâtiments conventuels, mais aussi à travers des bâtiments remarquables du XXème siècle, moins reconnus peut‐être encore du grand public. Je veux parler de la grande halle industrielle des frères Perret accompagnés par l’œuvre visionnaire en architecture de Jean Prouvé à ses côtés et aux côtés de Pierre Jeanneret son ami, lors de la construction de l’usine de la Société des Alliages Légers ou SCAL.

C’est pourquoi il nous a semblé nécessaire d’affirmer cette continuité en introduisant le nom de Jean Prouvé dans cette longue histoire, d’autant plus que deux des pavillons qu’il construisit font partie du patrimoine architectural industriel de la ville. Issoire ville de patrimoine. Issoire, ville d’industries s’affirment et se réunissent ainsi dans le nom de cet ingénieur qui a marqué l’histoire de l’architecture.

Le choix de cette situation pour la donation de Kim En Joong induit un parcours de visite qui traverse le centre-ville entre le site de l’Abbatiale et ce grand bâtiment. L’accueil de cette prestigieuse donation vient 7 ans après l’exposition qui accueillit en 2007 les œuvres peintes de Kim en Joong à Issoire, au moment où les travaux de la basilique de Brioude sont en cours.

Je me réjouis de cette continuité de 2007 à 2014 et j’ai souhaité d’emblée l’assumer lorsque Monsieur Christian Karoutsos en 2008 ‐ et je le remercie de son rôle en cette importante circonstance ‐ m’informa brièvement des intentions du Père Kim En Joong que je rencontrai peu après, puis à de nombreuses reprises.

Il faut bien sûr évoquer la rencontre du Père Kim avec l’Auvergne : elle trouve son origine à Brioude, mais aussi au couvent des franciscaines d’Ambert où il séjourne et travaille.

La présentation de la donation a été conçue, à travers les échanges et les visites de l’artiste, et sur les conseils de Jean Louis Prat comme un lieu dynamique et évolutif ouvert à d’autres œuvres, d’artistes dont la démarche offre des affinités avec les recherches du Père Kim En Joong.

Trois autres démarches artistiques sont associées à la présentation des œuvres du Père Kim : deux de nature picturale, avec la présence de deux œuvres d’Henri Michaux et d’une œuvre d’Hans Hartung et une musicale d’Olivier Messiaen. Je laisserai le soin à Jean-Louis Coutarel de préciser le sens de l’association musicale avec Olivier Messiaen.

Le Père Kim a choisi de s’exprimer par l’abstraction. Il s’est nourri des arts de l’orient et de l’occident, Vermeer, Rembrandt, Bonnard, mais aussi Matisse, Braque et Rothko. L’intelligence de cette œuvre ne s’atteint pas par des demandes d’explication, dans la mesure où elle invite avec force à découvrir le monde qui est en nous et qui nous reste souvent caché. « Kim En Joong nous montre des fragments d’un monde inconnu » affirmait son ami Julien Green.

Il a expliqué son choix de sa manière non figurative et je lui laisse la parole en empruntant ce court passage d’un entretien rapporté dans le volume Résonnances (Editions du Cerf) : « Je trouve qu’il y a une surenchère d’images : dans la rue, à la télévision, dans les boutiques, je veux revenir à quelque chose de plus intérieur, de plus spirituel »

Reconnaître qu’un fragment, un élan gestuel, une couleur vibrante ou évanescente, un contraste ou une clarté au sein d’une intensité colorée, un pan coloré profond comme un continent ou comme un destin forme un réseau de signe. Abandonner son regard à ces engorgements, à la couleur en torrents ou en nappes calmes, à ces taches, à ces écrasements de la pâte colorée, voire aux accidents accueillis, accepter d’écouter ce chant, ces pures présences accueillies par l’intelligence, c’est accepter entendre ici un récit de l’être au monde.

Que ce soit la raison d’être de cette peinture : un don qui ne dépossède pas mais qui en silence nous enrichit du regard qu’elle provoque. « J’aime ce qui m’illumine, puis accentue l’obscur en moi » René Char.

Les couleurs se déploient, se superposent, se croisent, portent une énergie en mouvement souvent tendu, forment des envolées, s’apaisent et font silence en s’estompant vers le blanc vierge.  Je laisse la parole à JL Prat  dans  l’introduction du livre Résonnances, intitulé  L’ascension des couleurs : « Leur superposition plus que leur mélange parle du pouvoir spécifique de chacune d’elles. Leur autonomie s’accorde à l’espace et à la liberté de pensée du créateur, et l’impulsion du geste dit aussi la quête spirituelle à laquelle il aspire tant. Dès lors les couleurs se déclinent séparément et découvrent leur signification. Pour le Père Kim elles ont une autorité naturelle mais elles gardent aussi un mystère lié à une culture plus lointaine qui enrichit désormais le vocabulaire pictural contemporain. »

Je reste convaincu que le rôle de l’art n’est pas de nous distraire en nous étonnant ou en provoquant, mais bien de nous rendre plus libres, d’être émancipateur et en l’occurrence de nous rendre aujourd’hui le pouvoir de l’intériorité, la disposition de sa propre pensée dans le silence et le face à face avec l’œuvre.

Telle est la vertu du travail artistique ici rassemblé : il invite avant tout au silence, à l’intériorité, à l’écoute méditative de ce que ses rythmes, son énergie, la danse des couleurs offrent à la pensée. Gestes épousant le souffle dans une ampleur puissante, mais aussi recueillement pour entrer dans cet espace qu’enclot le blanc de la toile ou de la céramique, espace peut‐être pour entrer dans l’humble essentiel, ou dans quelque état qui s’appellerait joie : irruption dans la conscience de l’infinie valeur de l’instant, de l’infini présent dans notre absolue contingence.

Joie encore qui élève, celle que chanta Bernard de Ventadour au XIIème siècle en évoquant l’alouette dans son ivresse d’ascension.
Que l’œuvre ici réunie soit invitation à l’écoute et au déchiffrement et comme une métaphore de notre vie quotidienne et je donne ici la parole à François Cheng « de notre vie quotidienne qui est remplie de signes pourvu qu’on sache les déchiffrer : un rayon de soleil qui s’attarde sur un vieil ustensile, un sourire accordé au milieu des grisailles ». Puisse la Beauté qui attend en silence nos regards et nos cœurs, convaincre chaque visiteur, et je reprends une phrase de  François Cheng : « En chacun de nous, chaque éveil est un recommencement du monde, source d’une joie inépuisable »

Pour conclure je tiens à remercier encore le Père Kim, à lui exprimer notre immense gratitude au nom de tous mes concitoyens, à lui redire combien sa disponibilité, et les rencontres que nous avons eues furent enrichissantes, et combien elles nous honorent.

Je tiens à saluer ensuite les agents de la ville d’Issoire qui ont œuvré avec beaucoup de professionnalisme pour préparer cet espace, ceux qui ont acheminé et déplacé les différentes œuvres, Madame la directrice du pôle arts plastiques, les architecte M. Maillard et M. Coutarel qui ont accompagné l’accueil de la donation, M. le Directeur de l’urbanisme et des travaux, M. le directeur général des services pour leur suivi très attentif de ce dossier, le service communication.

Enfin je tiens à remercier M. Le Guern pour le concert et M. Chabrillat pour l’enregistrement des œuvres de Messiaen jouées sur l’orgue de l’abbatiale par Monsieur Martinet.

Je ne veux pas oublier de remercier la galerie Chave pour le prêt des œuvres de Michaux et la galerie Sapone pour le prêt de l’œuvre d’Hartung.

Enfin je remercie chaleureusement Madame Catherine Prouvé d’approuver notre démarche par sa présence.

Merci de votre attention et je vous rends à la découverte de cet espace et de la donation du Père Kim en Joong. »