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En ce samedi 12 décembre 2009, le Père Eric de Clermont-Tonnerre, o.p. et le Père Nicolas Jean Sed, o.p., directeurs des Editions du Cerf, avaient invité François Cheng de l’Académie française et le Père Kim En Joong, o.p.

© Laure de Clermont-Tonnerre

Cette rencontre amicale était organisée à l’occasion de la parution de « Vraie lumière née de  vraie nuit » aux Editions du Cerf. Deux formats ont été édités : le format luxe et le format beau livre. 24 poèmes de François Cheng illustrés de 8 lithographies en couleurs, de Kim En Joong. Les lithographies viennent souligner, comme en écho, le choc des mots entre le déchirement et l’aspiration à la vie. Lors d’une interview dans le quotidien La Croix, le Père Kim évoque son souhait de rencontrer le poète : « Je voulais célébrer le quatre-vingtième anniversaire de François Cheng et le quarantième anniversaire de sa conversion. Je lui ai proposé de nous réunir pour cette occasion. Chacun gardait sa liberté. Cette rencontre est un rêve : deux Extrême-Orientaux assimilés à la culture française qui, à l’occasion de ce livre, peuvent croiser leur regard selon leur art.  »

Pourquoi la vraie nuit ?  » Il y a bien de fausses nuits (celles des beuveries, des criminels, des camps nazis…). Vraie Nuit : la nuit des mystiques, celle de pouvoir assister à la naissance de la lumière comme au commencement du monde. Il faut donc atteindre la vraie nuit pour atteindre la vraie lumière, revenir au matin du monde, assister à ce moment, à cet instant, où l’Etre advient « , explique l’ Académicien.

Devant la salle comble de la maison d’éditions, François Cheng évoque, à la suite d’une maladie :  » une plongée en moi-même jusqu’à toucher le fond puis, à partir de là, l’impression de rejoindre la racine de la source de ma vie de quête. Au lieu du découragement, ou de la résignation devant mon état de santé, j’ai compris que ces épreuves étaient une sorte de bénédictions « . Cette période de souffrances physiques ont  donné naissance à ces 24 poèmes, dont le titre  » Vraie Lumière née de vraie Nuit  » s’est imposé à lui alors qu’il pensait que la fin de sa vie était proche.

Après quelques questions de l’assemblée, François Cheng, lut trois poèmes. Voici le premier (les poèmes du livre ne portent pas de titre, mais François Cheng les a lus en leur donnant un titre) :

« Une prière à la Transcendance .

Nous voici dans l’abîme,
Tu en restes l’énigme.

Si Tu dis un seul mot,
Et nous serons sauvés.

Tu restes muet encore,
Jusqu’au bout sembles sourd

Nos cœurs ont trop durci,
En nous l’horreur sans fond.

Viendrait-elle de nous
Une lueur de douceur ?

Si nous disons un mot,
Et Tu seras sauvé.

Nous restons muets encore,
Jusqu’au bout restons sourds

Te voici dans l’abîme,
Nous en sommes l’énigme. « 

François Cheng explique ici que le fond de l’abîme, ce n’est pas le néant, c’est l’humus.