En ce 16 décembre 2018, la Communauté Les Frênes de Warnach – www.lesfrenes.be – accueillait paroissiens et curieux pour le vernissage de l’exposition dédiée au Père Kim.

Madame Françoise Caissiers Greindl ami de l’artiste présenta le Père Kim,  sa vie et son parcours entre orient et  occident :

Bonsoir,

Roger et Philippe m’ont demandé de vous adresser quelques mots ce soir. Lorsque lors de l’exposition précédente ici-même, ils ont réalisé que nous étions des amis du père Kim, nos cœurs ont bondi ensemble.

En octobre, Kim en Joong nous a reçu chez lui, à Paris, au Couvent de l’Annonciation où il vit depuis plus de 45 ans.  Au cours de cette rencontre, le père Kim avec peu de mots nous inondait de sa présence lumineuse. Huit fois il s’est éclipsé pour revenir ensuite avec un livre, un tableau, des cadeaux… C’était là le portrait de l’homme asiatique qui s’approche progressivement du but en tournant autour…de plus en plus près.

Ce fut pour nous quatre une rencontre marquante, d’autant plus qu’une date tombât comme l’annonce du Messie : il nous proposait de mettre des tableaux à notre disposition à partir du 15 décembre. Roger, Philippe, mon mari et moi-même étions au comble de l’émotion. Le Père Kim allait faire parvenir son message jusqu’au cœur des Ardennes belges, dans l’église toute simple d’un tout petit village, qui l’y attendait sans trop y croire.

Et nous y voilà réunis ce soir, à la veille de Noël… Son agenda étant très chargé, il était hier à une inauguration de vitraux à la cathédrale de Chartres, il est en ce-moment même avec nous, en prières depuis son couvent à Paris, son chapelet en main qui d’ailleurs le quitte rarement.

Je ne voudrais pas vous soustraire à la contemplation des œuvres qui nous entourent et encore moins scander par des propos ennuyeux le chemin que peut emprunter le message que ce grand artiste nous délivre. Toutefois il est peut être intéressant de retracer brièvement son parcours…

Les parents de Kim se marient en 1932, en Corée du Sud sous occupation japonaise. Son père a 13 ans et sa mère 16. Après une première fille née en 1934, le Père Kim nait en 1940. Il est l’ainé des garçons ce qui représente dans ce pays une lourde responsabilité.

Il dira : « déjà dans la maison de mes parents, je découvre les couleurs. La lumière est aussi indispensable que de manger et se nourrir. Je garde en mémoire des souvenirs très précis d’instant magiques. Comme cette fin d’après midi dans une rizière où, entre deux nuages, s’est glissé un rayon de soleil couchant sur la surface cuivrée de l’eau ».

Envoyé à l’école des beaux arts à Séoul en 1959,  ses études artistiques vont de pair avec une formation militaire. Il peindra au début sur des toiles enduites récupérées sur des stocks de sacs américains.

Son service militaire dure deux ans. Posté en sentinelle sur la frontière entre les deux Corées, le jeune lieutenant admire les fleurs et au cœur même de la guerre, il contemple les oiseaux qui   passent librement la frontière. « Au lieu du péril croit ce qui sauve »… Cette formule du poète Hölderlin traduit peut être ce qui vient jusqu’à nous dans l’œuvre du Père Kim…

Afin de financer ses études, il devient professeur de dessin au petit séminaire de Séoul. Déchiré intérieurement par les fractures qui minent son pays, il assiste pendant deux ans à la messe à six heures du matin avec les jeunes séminaristes. Une lente conversion s’opère au fil de la liturgie : « La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres n’ont pu l’atteindre  Jean 1 :5.  Il recevra le baptême le 28 juin 1967. Parallèlement il suit des cours de Français aux missions étrangères à Séoul. Il y rencontre le père Cluny qui l’encourage à se rendre en Europe.

Lorsqu’il arrive à Paris, avec 30 dollars en poche, il a l’intention d’aller étudier la métaphysique à Fribourg en Suisse mais n’a pu obtenir de visa. Il rencontre un homme à l’aéroport d’Orly et lui demande de l’aide. L’homme s’avère être l’évêque de Nantes. Il l’emmène aux missions étrangères rue du Bac à Paris, et c’est là qu’il retrouve par hasard le Père Cluny qui l’avait encouragé à venir en Europe.

Je vous passe les méandres de ses premières années en Europe. Toujours est-il que de plus en plus de grands connaisseurs d’art s’intéressent à son travail. En même temps que des études de métaphysique à Fribourg, il obtiendra une petite cave pour y travailler : lui qui aime les œuvres monumentales, il devra enrouler la toile déjà peinte pour poursuivre son travail sur la suite de la toile, n’ayant pas l’espace nécessaire pour déployer l’œuvre en entier…

En 1970 il devient dominicain à Fribourg et prononce ses vœux simples. Il fait sa théologie à paris, où il expose en 1973. En août 1974 il prononce ses vœux définitifs et le 27 octobre 1974 il est ordonné prêtre. Ses supérieurs reconnaissent en lui l’artiste et lui disent : « Votre mission sera de prêcher par la peinture ». Il n’a pas pu prévenir ses parents…

En 1976 : il manque un aumônier chez les dominicaines à Saint Paul de Vence, à 200 mètres de la Fondation Maeght. Il s’y installe et découvre la chapelle de Matisse juste à côté. Il est remarqué par Alphonse Chave qui lui propose une exposition.

Il n’a pas encore dit à ses parents qu’il est devenu dominicain. Pour les 60 ans de sa mère (5 x 12 est un nombre magique en Corée) il se rend dans sa famille en Corée du Sud. C’est l’enfant prodige qui revient. Le père lui annonce qu’il a une fiancée pour lui. A cela Kim répond : « Je suis déjà marié, je me suis marié avec l’Eglise ». Son père lui dit : « tu as fait le bon choix ». Il baptisera ses parents quelques semaines plus tard…

A partir de cela il revient en France, certain de pouvoir assumer une carrière artistique. Il devient prêtre peintre ou peintre prêtre…

Ses amis sont nombreux. On y retrouvera l’écrivain Julien Green, l’académicien François Cheng avec lequel encore aujourd’hui il entretient une relation très étroite.

En 2007, associé au maître verrier Bruno Loire, Kim en Joong emporte la commande des vitraux pour la basilique de Brioude. C’est le plus grand chantier qu’il ait jamais réalisé. 37 baies, soit 150 m2 de verrières à créer, le plus vaste édifice roman d’Auvergne sur le chemin de Compostelle.

Découvrant la basilique, un visiteur émerveillé dira en voyant le reflet du soleil à travers les vitraux : « Quelle est cette lumière qui fait parler les pierres ? ».

En août 2010, le Ministre de la Culture, Fréderic Mitterrand, lui remet les insignes d’officier dans l’ordre des Arts et Lettres.

Les expressions sont nombreuses pour qualifier l’œuvre du Père Kim. Je n’en citerai qu’une seule : « Le peintre est tour à tour lutteur, danseur engagé dans une expression physique dont l’œuvre garde blessure ou trace… » Pour comprendre son œuvre, une des clefs sera d’associer la transcendance et la souffrance du juste. Ce qui nous frappe quand on la parcourt, c’est son unité, voire son unicité : une qualité d’être s’impose d’emblée, toujours la même, toujours nouvelle et différente… Une fois donnée, l’œuvre oblige le silence, dû à son évidence. Elle est, elle ne pouvait pas ne pas être…

Je terminerai cette petite esquisse de présentation en reprenant l’image exprimée par Denis Coutagne qui dresse une magnifique biographie du Père Kim en Joong dans son livre Kim en Joong et les écritures : « Les couchers de soleil se succèdent : aucun n’est semblable à un autre… »…

 

Limal, le 14 décembre 2018