La rencontre eu lieu le 7 décembre 1979 ; dans le volume du Journal intitulé « La Lumière du monde, Julien Green écrit ;

«  Visite d’un jeune dominicain de Corée, le Père Kim. ll est venu dans son bel habit blanc, d’une blancheur irréprochable et qui lui donnait grande allure. Figure d’enfant au beau teint rose, aux pommettes roses plus exactement, et des cheveux noirs en frange. Parle très couramment le français…. »

Entre les deux artistes que rien ne rapprochait que leur foi en Dieu, s’établit une relation de connivence. L’écrivain fermé sur lui-même trouve auprès du Père Kim l’issue vers l’univers plus rayonnant de la foi.

Kim le rencontrera souvent et restera son confesseur jusqu’au dernier jour, en août 1998, où il lui apporte l’Eucharistie.

L’écrivain, le 31 mars 1982 dans son « Journal », écrit ses pensées sur la peinture abstraite dont celle du Père Kim

« Depuis qu’il y a eu des taches sur les murs – et il y a dû en avoir pas mal après le déluge -, des yeux d’enfants et parfois des yeux d’hommes se sont amusés à y voir un monde imaginaire avec ses maisons, ses paysages, sa faune. Depuis les dessins qui nous viennent de la préhistoire, Léonard fut le plus célèbre créateur qui fixa son attention sur ces fantasmagories naturelles et cherche à leur donner leur place dans l’histoire de l’art.

L’imagination aidant, on y découvre d’étranges merveilles. Vert, gris, noir et toutes les couleurs de la rouille se mêlent dans un désordre apparent, mais avec une richesse de nuances et des éléments linéaires qui ressemblent au tracé d’une main adroite guidée par l’intention d’exprimer quelque chose. Je me suis pris à rêver à cela dans certaines œuvres de l’art abstrait qui demeure pour moi un peu comme une langue étrangère que je n’ai jamais apprise à lire.

Il y a des mystères dans lesquels je ne pénètre pas ; je reste sur le seuil de cet univers inconnu, mais quand je regard plus attentivement certaines peintures, celles du Père Kim En Joong, par exemple, où je ne distingue d’abord que des taches de couleurs, je me prends à redécouvrir ce raffinement qui n’est pas dû au hasard, mais à une inspiration profonde. C’est un jeu passionnant d’apercevoir ici une vallée au flanc d’une colline neigeuse, là une rivière, là des rochers, des nuages ou des abîmes, tout ce qui est primitif ; mais ce qui me ouche plus qu’autre chose dans cet assemblage de tons délicats ou violents, c’est le soupçon qui vient d’un insaisissable état d’esprit, paix, joie, inquiétude secrète, et de l’exploration d’un monde intérieur, caché aux regards inattentifs, mais dont reste sensible la présence aux yeux de celui qui sait voir. »

Il préface aussi le livre   « Fragment d’un Monde Inconnu » consacré à la peinture du Père Kim – Editions du Cerf -1996.

 » Toute beauté vient de Dieu. Et particulièrement celle que les créateurs humains essaient de nous transmettre, car ils ne sont que les interprètes de ce qui leur a été donné. Ici, le peintre écoute en lui-même cette voix qui a ravi, dans le sens littéral, les mystiques. Les couleurs demeurent un langage secret, le sens nous échappe, mais nous recevons à travers ces sons figés en ondes lumineuses sur la toile ou le papier le message entendu par tous s’ils veulent y prendre garde, mais écouté par le petit nombre seulement.

Kim En Joong nous livre des fragments de ce monde inconnu. Ses couleurs viennent chacune à son tour chanter sa joie d’exister, et parfois, comme éperdues de leur propre magnificence, toutes ensemble elles balbutient la gloire de celui qui les a créées. »