Comme s’il voyait l’invisible…

Ce n’est que tardivement que le Père Albert est entré dans ma vie. Il avait déjà l’âge des patriarches. Et je ne l’ai rencontré que quelques rares fois au cours des dernières années de son existence. C’est le Père Kim – son fils spirituel – qui me l’a fait connaître ; il m’a souvent et longuement parlé de lui avec vénération et enthousiasme. Je rends grâce à Dieu de m’avoir accordé le privilège de connaître le Père Albert.

Malgré les rares occasions où je l’ai rencontré, le contact avec lui m’a apporté grande joie et reconnaissance.

Il y a une image du Père Albert qui m’est toujours restée dans la tête et dans le cœur. Je la conserve précieusement pour tout le reste de ma vie.

Chaque fois que j’avais la joie de rencontrer le Père Albert, je ne pouvais m’empêcher de voir le vieux Siméon dans le temple, qui accueillait dans ses bras l’Enfant Jésus présenté par Joseph et Marie. Le Père Albert n’avait pas seulement l’âge de Siméon, il en avait aussi le coeur. Je n’oublierai jamais son visage ouvert et beau. Il était tout accueil et joie et il tendait les bras vers moi, moi, qu’il n’avait jamais rencontré auparavant. Sa bouche, ses bras, ses yeux, tout semblait me dire : Viens…

Dans ses yeux, il y avait cette petite étincelle, comme s’il voyait quelque chose : une Lumière. Oui, il était le vieux Siméon : il voyait quelque chose, comme s’il voyait l’invisible. A chaque visite, le visiteur était comme quelqu’un qu’il attendait depuis longtemps déjà. Et je croyais entendre les paroles : « Et maintenant Seigneur, laisse aller ton serviteur en paix selon ta parole car mes yeux ont vu ton salut » (Le 2,29).

Oui, le Père Albert voyait quelque chose : une Lumière. Celle qu’il allait rencontrer bientôt…

Je rends grâce au Seigneur d’avoir pu rencontrer ce Siméon, ce vieillard qui regardait comme s’il voyait l’invisible.

Et je ne pourrais jamais oublier la grâce que j’ai reçue de Dieu : d’avoir rencontrer le Père Kim et d’avoir connu le Père Albert. Quel cadeau. Merci Père Kim, d’avoir pris soin d’entourer le Père Albert dans sa solitude à la fin de sa vie.

Merci.

Cardinal Godfried Danneels